Quel est le sens de la nature ? Parfois le mot nature désigne le milieu indispensable à l'existence des espèces de la faune et de la flore, à d'autres moments il évoque les caractéristiques propres à une espèce (par exemple, la nature humaine) ou à un individu.
On peut dire alors que la ville est la nature, puisque c'est le milieu grâce auquel des millions d'êtres humains subsistent ainsi que de nombreuses espèces domestiques (chats, chiens...) ou sauvages (rats, pigeons, renards...). Une nature propre à la nature humaine, certes, mais une nature quand même ! Si l'ours des Pyrénées s'acclimaterait difficilement dans Paris, il en serait de même pour moi en plein cœur des montagnes franco-espagnoles, loin de toute agglomération humaine.
A chaque nature d'espèce correspond sa nature, et toutes les natures interagissent entre elles, dans une nature dont les seules frontières sont celles séparant l'organique du minéral. Peut-être est-ce la prépondérance de la matière minérale qui fait que les villes nous semblent si peu naturelles ? Pourtant, les déserts arides nous montrent que le minéral fait partie de la nature, alors on peut dire que la ville est un désert dans une oasis !
Explorations familières en terre de sûreté.
C’est juste un jardin en hiver et quelques pas en enclos reconnu, sans pensées, sans promesses, dans le refus des flèches et des prophéties.
La nuit tombée crée un retrait. Des vœux se dessinent vaguement au loin, pas même absurdes. Il y a du temps quelque part, qui s’élance et qui coule.
Des ombres longues sont venues se livrer à l’admiration, entre exercice et passage obligé.
C’est un jardin vu pour la première fois en hiver et sa muraille de pierres au bout se jetant dans le vide comme une aurore froide.
Au bout de ce jardin sagement borné les murs ouvrent sur ce qui est un panorama comme il se dit. C’est là qu’il faut marcher d’abord, et ensuite admirer le cou tendu.
Eviter de trop se pencher. Rester un laps de temps réglé dans la tête. Puis capturer, tourner les talons et les yeux. Eprouver une satisfaction bornée de murs, devoirs et plaisirs accomplis.
Je regarde par-dessus la muraille là où le front et les yeux vacillent : bien penser à ne pas trop pencher. Non que les pierres soient glissantes, mais cette lourdeur de la tête…
Sur une autoroute très loin, une arche géante conduit de l’eau peut-être ou des véhicules, un pont sage, utile, cependant qu’un port d’un charme très réel tente de s’imposer en contrebas.
La joliesse du port insiste de façon gênante, s’efforçant à contrarier le mouvement des yeux. Les bruits existent au loin, forçant le passage, parallèles à toutes ces choses fixes, absolument visibles, résolues.
Le monde tente de se réduire en spectacle. L’âme s’agace dans la solitude. Les mains resserrent les couleurs chaudes autour du cou. Les pieds lacés s’avancent avec une sûreté triste, un, deux, un.
Il n’y a rien, rien d’autre, qu’un jardin d’hiver un peu triste en avant de la muraille, avant le gouffre, un jardin qui sert de passage, qui joue les intermédiaires, tel un pont bâti pour faire les présentations et aider à la vue.
La beauté cependant prend la gorge en douce, fleur de glace, fait pousser un nénuphar noir aux poumons. Fleur d’eau, beauté flottante forcée de crans de sûreté.
Le froid borde doucement au risque de la douleur.
D’un coup le corps mû par l’appel se retourne. Le décor éternel s’ouvre, entre en expansion. Les yeux fixent la grandeur proche des pierres, des éclats de vitraux. La chaleur d’une chandelle, si c’en est une, n’en finit pas de traverser la fenêtre de l’autre mur, celui de l’église juste en face du grand vide.
C’est comme un rêve lesté, cette impression de lenteur encore et encore dans la chaleur du sang qui parcourt les pieds, remonte au cœur, le sang chaud que l’hiver ne tente pas de geler, par la transparence de la peau traversant la douceur du verre pour rejoindre la flamme de la bougie.
Le regard n’a plus à créer puisque la Naissance a eu lieu. Le sens de la prononciation s’y est comme perdu. Il y a cette surprise légère qui scintille de reconnaissance, empreinte ; la certitude de la trace, du poids au sol. Traces persistantes des pieds chaussés dans la boue promise au gel, comme si les pieds semaient. Une fleur figée au cœur de l’obscur gèle dans le froid, irradiant sans briller.
Je ne me suis pas penchée au-dessus du vide. Je m’incline pour ajuster mon regard ; au sol près de l’église, au mur de pierre. Les fleurs blanches persistent au pied dans une tentative de tendresse sans danger. La haute muraille à quelques pas borne le regard comme une sécurité soudain, en limite hésitante. Le grand vide du viaduc de l’autre côté est invisible, noyé de distance et de nuit. Proximité inédite, surprise de la reconnaissance d’un terrain.
C’est un jardin d’hiver comme éternel, en avant de la muraille une lumière unique et douce dans l’église qui ne brille pas, qui insiste. Le blanc n’en finit pas de cristalliser, le blanc quitte les murs et la gorge ; comme si l’on pouvait se nourrir de cette manne, se nourrir de cristaux.
Cependant le présent déjà s’écoule. La fête commune scintille au loin. Les pieds rejoignent d’eux-mêmes. Il est temps à nouveau. Restera cet éclat figé et fugace, cette immobilité qui ne fut découverte que d’être parcourue.
La nuit est pleine. Celle qui est tombée peine à la douceur. L’acquiescement lui est dureté. Au jour de la nuit du solstice, c'est l'amour dans l'hiver et la sécheresse qui se refuse.
après les forêts, après les terres, après les océans,
après les animaux,
après les hommes... l'eau...
j'combattais les hommes
pour posséder les hommes
mais eh ça suffit plus
j'ai besoin de posséder plus de vie encore
et l'élément essentiel de la vie
c'est l'eau
l'eau fraîche
l'eau douce
l'eau potable
qui coule des sources silencieuses
petites mers ombragées
j'y pose ma botte
pour posséder l'eau
j'm'attaque à l'eau
j'la vole
j'la traite
j'la pollue
j'la mélange à mes fluides
j'la fais mienne
l'eau l'eau l'eau
le nouvel or de vie